Svetlana Tamara Den naît à Mulhouse le 5 juin 1992. Durant l’âge tendre, elle est victime d’un traumatisme, qui lui fait perdre toute confiance en elle, tout en lui laissant la sensation d’un grand vide. Elle se rend à Lyon pour entreprendre des études de stylisme, avant qu’une opportunité de travail en Suisse ne la ramène en Alsace. C’est dans le domaine du marketing qu’elle fera ses armes pendant les six années qui suivent.

 

 

Pour occuper le temps où ses souvenirs l’abîment, Svetlana fait l’acquisition de son premier reflex grâce auquel elle immortalise son adorable petite chienne Aysu, qui devient ainsi son premier modèle. Cette première expérience fructueuse incite la jeune femme à s’essayer d’abord à la photographie animalière, puis, s’enhardissant, à aller à la rencontre de ses semblables pour les photographier.

A la faveur de l’objectif, un phénomène de transfusion opère : elle découvre qu’immortaliser ses sujets la galvanise. Très vite, la photographie la passionne, au point qu’elle qualifie elle-même sa nouvelle obsession de « nymphotographie ».

Svetlana suit des workshops pour perfectionner sa technique, et puise l’inspiration de ses romans favoris, tels que « Miss Peregrine et les enfants particuliers » (Sidonie Van Den Dries), ou « Quelques minutes après minuit » (Patrick Ness). De cette union entre elle et la photographie naît une première série cathartique.

Pour marquer cette renaissance symbolique, elle se rebaptise « Abattoir onirique », parce que, dit-elle, ses photographies sont « pareilles aux rêves qui marquent la fin de l’enfance ». Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si tous les personnages de Svetlana sont de sexe féminin. Elle recherche à travers elles la féminité dont on l’a amputée. Une féminité suggérée par le rouge qui vient s’immiscer ça et là au sein de son travail. Et si d’aventure, quelques modèles masculins accèdent au gynécée de la photographe, c’est à la seule condition d’assumer pleinement leur féminité.

Hormis la masculinité, on remarque un autre motif absent de son univers : le regard. Svetlana semble prendre un malin plaisir à dissimuler les yeux ou le visage de ses personnages, les dépouillant ainsi de leur identité. A travers ces modèles rendues anonymes, ce sont toutes les femmes qui errent telles des poupées désincarnées à la recherche de leurs âmes.

 par Suaëna Airault

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Interview par Sébastien Roignant pour sa chaine F/1,4